À retenir
- Un chenal peu profond au-dessus de sable blanc et de calcaire. La lumière descend, frappe un fond clair et remonte directement sous forme de turquoise.
- À vrai dire, un appareil photo tend à en atténuer l'effet. Le contraste entre l'eau et la roche environnante dépasse les capacités de la plupart des capteurs.
- La couleur est la plus intense lorsque le soleil est haut, ce qui est malheureusement aussi le moment où la baie est la plus fréquentée.
- L'îlot qui forme l'autre côté du chenal. Le lagon est l'espace entre les deux, et non une baie à proprement parler.
Ce qui produit réellement la couleur
L'eau de mer est bleue parce qu'elle absorbe la lumière rouge et diffuse la lumière bleue. C'est vrai partout, et c'est pourquoi la Méditerranée au large est d'un bleu marine profond. Ce qui rend le Blue Lagoon différent, ce n'est pas l'eau, mais ce qui se trouve sous sa surface.
Le chenal est peu profond et son fond est clair : du sable blanc fin recouvre le calcaire, plutôt qu'une roche sombre ou des herbiers. La lumière du soleil traverse une courte colonne d'eau très limpide, frappe un fond lumineux et est réfléchie vers la surface à travers cette même eau. La lumière bleue diffusée à la descente comme à la remontée parvient jusqu'à vos yeux et, sur le sable blanc, prend une teinte turquoise intense.
C'est pourquoi la couleur change si nettement en quelques mètres seulement. Là où le sable cède la place aux herbiers ou à la roche, le fond ne réfléchit plus la lumière et l'eau s'assombrit presque instantanément pour prendre un bleu ordinaire. Le motif tacheté que l'on photographie depuis les hauteurs est la carte du fond marin, et non celle de l'eau.
À quel point l'eau est peu profonde
L'eau est assez peu profonde pour que les bateaux puissent mouiller facilement et que les nageurs voient clairement le fond sur la majeure partie du chenal. La profondeur exacte varie selon les endroits : elle augmente vers le milieu et vers les extrémités ouvertes, mais l'essentiel est que le lieu forme une plateforme plutôt qu'un bassin.
Cette faible profondeur permet aussi de se baigner à ceux qui n'iraient pas nager en eau profonde ailleurs. C'est une combinaison rare : une eau assez limpide pour être spectaculaire et assez peu profonde pour ne pas être intimidante.
Le chenal sur fond de sable blanc, toute l’explication de cette couleur
Les photos sont-elles retouchées
Non, et cela mérite d'être précisé, car c'est le cas de tant de lieux célèbres. Ici, c'est même plutôt l'inverse. Par une journée lumineuse, l'écart dynamique entre la roche blanche en plein soleil et l'eau turquoise à l'ombre dépasse ce qu'un téléphone ou un appareil photo peut enregistrer sur une seule image : il faut donc forcément sacrifier quelque chose.
Ce que les visiteurs remarquent généralement, c'est que leurs propres photos paraissent moins extraordinaires que celles qui les ont incités à venir. La raison tient le plus souvent à l'heure plutôt qu'au matériel. La lumière de midi, avec une centaine de bateaux sur l'eau, produit une image très différente de la lumière matinale, lorsqu'il n'y en a aucun.
Ce n'est pas la couleur elle-même qui est accentuée. Elle est réellement ainsi, et la réaction la plus fréquente des personnes qui la découvrent n'est pas de la trouver belle, mais de la juger presque invraisemblable, comme si la mer avait été remplacée par autre chose.
Pourquoi l'heure influe sur la couleur
La lumière doit atteindre le fond puis remonter pour que l'effet se produise. Plus le soleil est haut, plus la lumière effectue ce trajet et plus la couleur gagne en intensité. C'est autour du milieu de la journée que le turquoise est le plus vif.
Tôt le matin et en fin de journée, lorsque le soleil est plus bas, l'eau est plus douce et plus verte, et la couleur moins saisissante. Elle reste magnifique, mais d'une autre manière, et la baie est alors déserte. Pour la plupart des visiteurs, c'est un meilleur compromis que la saturation maximale.
La météo joue également un rôle. Une surface calme laisse passer la lumière sans la perturber ; le clapot la disperse et ternit l'ensemble. De plus, une baie remplie de bateaux et de nageurs met le sable en suspension, ce qui explique pourquoi la limpidité est nettement meilleure dès le matin.
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Comino et Cominotto forment la lagune : Comino et l’îlot inhabité qui lui fait face. Cette eau célèbre n’est autre que l’espace qui les sépare.
Au fil de l'année
La couleur est liée à la géologie et ne change donc pas vraiment selon les saisons. Ce qui varie, c'est la lumière et la limpidité de l'eau. Les tempêtes hivernales déplacent le sable et peuvent rendre le chenal moins immaculé pendant quelque temps ; un été calme le laisse parfaitement net.
La couleur est donc la plus intense en plein été, par une journée sans vent, au milieu de la journée. Ce qui est, pour le malheur de tous, exactement les conditions qui attirent aussi le plus grand nombre de visiteurs.
Cominotto, l'île en face
Le Blue Lagoon n'est pas une baie. Il s'agit du chenal entre Comino et un petit îlot inhabité appelé Cominotto, ou Kemmunett en maltais, et l'eau que tout le monde photographie est l'espace entre les deux.
Cominotto est entièrement vierte : aucun bâtiment, aucun embarcadère, aucun véritable sentier. C'est un bloc de calcaire bas qui se trouve par hasard exactement au bon endroit pour créer un chenal abrité, peu profond et au fond blanc. C'est la seule raison d'être de ce paysage.
Les bateaux mouillent le long de la côte de Comino ; le côté de Cominotto est plus calme, et une petite embarcation qui le traverse se retrouve souvent dans une eau tout aussi belle, avec bien moins de monde.
Comparaison
Le mécanisme n'a rien d'unique. Toute eau peu profonde recouvrant du sable clair produit cet effet, ce qui explique les couleurs similaires des Caraïbes et de certaines régions de Grèce, ainsi que les variantes que l'on trouve en Sardaigne et aux Baléares.
Si ce chenal est particulièrement célèbre, c'est en raison de la concentration de tous ces éléments : une étendue d'eau petite, abritée, très peu profonde et très claire, étroitement encadrée par la roche des deux côtés. La couleur ne s'étale donc pas dans une baie, mais se concentre dans un espace dont vous pouvez voir l'ensemble d'un seul regard. C'est cet encadrement qui fait la force des photos et explique que le lieu soit à la fois remarquable et assez petit pour se remplir rapidement.
